Pendant dix jours, nous pratiquerons l’improvisation créative avec des systèmes d’IA – dans le son, l’image et la vidéo. Pour chacun, le point de départ sera un poème, à partir duquel naîtra une courte forme audiovisuelle. Voilà pour la surface. Car nous allons creuser plus profondément.
L’un des aspects dominants du débat actuel sur l’IA dans le domaine audiovisuel concerne son utilisation pour optimiser le processus : faire plus vite et moins cher. De nombreux créateurs intègrent aujourd’hui des systèmes d’intelligence artificielle dans leur travail parce qu’il faut « suivre le vent du changement », parce qu’il faut « ne pas sortir du marché ». Même si cela se fait parfois les dents serrées.
Dans le même temps, le travail avec l’IA suscite une réticence tout à fait compréhensible, voire parfois une forme d’ostracisme de la part du public. Certains voient une réponse possible dans des formats filmiques plus longs qui, grâce à leur durée, permettraient un engagement émotionnel plus profond des spectateurs ainsi qu’un processus de production plus rigoureux. D’autres cherchent une nouvelle relation avec le spectateur que l’IA pourrait rendre possible. D’autres encore misent sur le caractère spectaculaire des effets.
Dans le cadre de ce groupe de recherche, nous essaierons d’explorer une autre voie, encore rarement empruntée aujourd’hui : comment interagir avec ces systèmes non pas pour imiter des formes déjà existantes, mais pour les mettre à profit afin de créer de nouvelles qualités qui ne seraient pas possibles sans leur participation ?
La clé consiste ici à cesser de considérer l’IA uniquement comme un outil pour la traiter comme un terrain d’exploration créative. L’improvisation – comme dans le cas d’un instrument de musique – offre la possibilité de dépasser les habitudes et les schémas d’interaction avec le système. Le poème permet de s’éloigner des structures narratives et visuelles les plus évidentes et de rechercher des formes capables de porter de nouvelles qualités. C’est précisément pour cette raison qu’il constituera le point de départ de nos recherches.
Je ne connais pas la réponse. Je ne sais pas si c’est la bonne voie. Mais je crois, peut-être naïvement, que l’IA recèle un potentiel immense, encore presque entièrement inexploré. Un peu comme le cinéma il y a plus de cent ans, avant de trouver son propre langage – lorsqu’il pensait encore n’être qu’un enregistrement du spectacle théâtral.
Mais il existe aussi un autre aspect de la question.
Le travail avec l’IA, dans lequel on peut produire ou générer pratiquement n’importe quoi, oblige le créateur à se poser deux questions fondamentales à chaque pression sur la touche Entrée : « pourquoi ? » et « dans quel but ? »
Pourquoi ceci et pas autre chose ? Pourquoi de cette manière et pas autrement ? À quoi bon ? Qu’est-ce que cela m’apporte, et qu’est-ce que cela apporte aux autres ?
Dans notre groupe, nous essaierons de développer l’habitude de poser ces questions avec insistance, car c’est l’un des rares moyens d’éviter de produire encore davantage de « slop » généré par l’IA.
J’invite toutes celles et ceux qui ont suffisamment d’esprit de contradiction pour tenter de prouver – ne serait-ce qu’en quelques plans – qu’il est possible de tirer quelque chose de véritablement précieux de l’IA. J’invite celles et ceux qui cherchent dans l’IA du frottement, de la résistance et de la difficulté, plutôt que la facilité.
Apportez un poème avec vous.
Un poème qui ne vous laisse pas en paix.
Sloppy Territory
Sloppy Territory est une série de rencontres informelles consacrées au visionnage de films potentiellement intéressants – puisqu’ils ont déjà été remarqués et appréciés – générés avec l’aide de systèmes d’IA.
Après chaque court métrage, nous prendrons un moment pour discuter de ce qui nous a semblé intéressant, de ce qui nous a paru faible, de l’endroit où il y a peut-être une véritable valeur ou une découverte, et de celui où l’on ne fait que donner l’apparence de la valeur.
Pour que les choses soient claires : moi non plus, je n’ai pas encore vu ces films. Ils portent simplement une sorte de « label de qualité » – attribué par des festivals, des galeries, des critiques ou le public. Regardons-les ensemble pour voir ce que cela signifie réellement et si nous sommes, nous aussi, capables d’y percevoir cette valeur.
La formule sera simple : après chaque film, nous consacrerons cinq minutes à la discussion, puis nous passerons au suivant. Chacun pourra dire ce qu’il en pense, ce qui lui a plu et ce qui lui a moins plu. Il sera intéressant de voir ce qui émergera de cette exploration d’un paysage plus large.
Pendant la séance, chacun sera libre d’entrer et de sortir quand bon lui semble.
Durée de chaque rencontre : deux heures – ou jusqu’à épuisement du public.
Jacek Nagłowski
Note organisationnelle : pendant le travail du groupe, certains outils d’IA seront utilisés à des fins de démonstration. L’accès aux crédits fournis par l’organisateur restera à la disposition du responsable du groupe et sera utilisé exclusivement dans le cadre des démonstrations collectives.
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